[Chronique album] Angellore - Nocturnes
Angellore sort son quatrième album, intitulé Nocturnes. Le groupe nous a convié à une listening session riche en émotions.
Angellore - A Dormant Stream
Le groupe Angellore a eu l'amabilité de nous inviter à une listening session de son nouvel album « Nocturnes ». Comme nous avons toujours apprécié la musique d'Angellore, ainsi que les qualités humaines de ses membres, nous avions peu de chance d'être hors propos. Chacun des invités à cette soirée intimiste est venu avec nourriture et boisson. Nous avons partagé le bon pain et le vin. Nous avons revu des têtes connues et fait de belles rencontres. Voilà pour le contexte chaleureux de cette soirée conviviale.
Angellore joue du doom atmosphérique. La cadence de leurs sorties est à l'image du genre. Le premier album « Errances » est paru en 2013 (chronique ici). Le deuxième album « La Litanie des Cendres » est sorti en 2015 (chronique ici). Le troisième album « Rien Ne Devait Mourir » est sorti en 2020 (chronique ici). Six années ont passé avant la sortie du quatrième album. Trois membres du groupe Angellore sont présents ce soir. Walran, Ronnie et Celin. Rosarius et Lucia ont dû décliner pour raison de santé (rien de grave). Nous avons droit à une écoute de l'album « Nocturnes ». Une seule. Nous allons vous faire une chronique sur la base de notre seule première impression à chaud. Nous avons fait voeu de silence jusqu'aux jours précédents la sortie de l'album. Nous vous livrons nos impressions ce jour, l'album sort le 15 mai.
Un nouvel album au bout de six ans, ceci n'a rien d'étonnant. Angellore doit jouer avec l'éloignement géographique de ses membres et leurs agendas chargés. « Nocturnes » a été écrit entre 2019 et 2022. La période Covid n'a pas aidé. Le processus a été long et douloureux. L'album est produit par Déhà et masterisé par Markus Skroch. La pochette est peinte par le bassiste, Celin. Le CD est publié par Ardua Music (qui avait sorti l'édition double vinyle du troisième album « Rien Ne Devait Mourir »).
Silence. Les bougies se consument dans la pièce. La peinture originale de la pochette de l'album nous fait face. L'écoute commence.
« Black sun River » est un morceau composé par Rosarius en 2018. Le titre démarre comme « Blood for Lavinia » sur l'album précédent. C'est du gothic metal dynamique avec voix masculine profonde et charismatique. Refusant de se répéter, Angellore allonge la durée et réserve de nombreux rebondissements. L'idée d'Angellore est simple, quelque soit la durée des morceaux, l'auditeur doit toujours avoir de quoi maintenir son intérêt. La voix enchanteresse de Lucia vient dialoguer avec le chant sensuel de Rosarius. Les textes parlent d'un deuil d'amour, avec un doute sur l'identité du défunt. Est-ce le narrateur ou la personne aimée ? L'ambiance est au romantisme ténébreux. Au bout de cinq minutes, Angellore propose un passage piano et claviers. C'est pour mieux relancer le morceau. Ronnie impose un jeu de batterie implacable. Le riff de guitare est tranchant. Le chant devient féroce. La musique prend de l'ampleur, avec des choeurs travaillés et des arrangements subtils. Nous aurons assurément de nombreux motifs à découvrir lors de futures écoutes.
« Forsaken Fairytale » est un morceau ébauché par Walran en 2010. Le groupe a étoffé la proposition initiale. Le morceau démarre avec une guitare acoustique et la flûte de Ségolène Perraud. Raphaël Verguin nous enchante au violoncelle. La partie centrale comporte un remarquable lead de guitare grave. Le chant extrême est âpre et puissant. Le texte évoque les figures figées dans le marbre, une princesse endormie, une beauté astrale, le sentiment que tout est perdu. Angellore sait varier les atmosphères, avec un gros travail sur l'incarnation vocale des personnages et de leurs états d'âme.
« Martyrium » est un titre écrit par Rosarius en 2010 pour un projet dark wave. Sur cette base, Angellore propose un titre fascinant. Walran a écrit un très beau texte qui revisite la figure de la Belle Dame Sans Merci. Le paysage est aride et froid. C'est un monde de passions, de fièvres et de damnation. Le doom atmosphérique s'enrichit d'un passage black metal de toute beauté. Le chant black est d'une poignante intensité « Je cherche l'air, je suffoque ». Le morceau se conclut avec le chant bouleversant de Lucia. Pour une première écoute c'est notre coup de coeur de cet album.
« A Dormant Stream » est le dernier titre de l'album « Nocturnes ». Angellore propose une introduction toute en dépouillement avant que la musique prenne toute son ampleur tragique et mélancolique. Les émotions sont fortes. Tout est lourd pour l'esprit qui gémit. Tout est pesant pour le coeur qui pleure. Quand la nuit se finit, le jour est tout aussi noir. C'est un monde triste, sous un ciel bas. Les nuages sont chargés de suie. Oubliez toute espérance. Le groupe intègre à la perfection les invités, avec sur ce titre Gunnar Ben au hautbois, Ségolène Perraud à la flûte et Raphaël Verguin au violoncelle. Nous apprécions la production qui offre une grande lisibilité aux lignes de basse de Celin. Le morceau se conclut avec une batterie funèbre, tout en solennité.
Après une écoute attentive, tous les invités partagent leurs impressions. Nous avons tous été saisis par la charge émotionnelle de l'album « Nocturnes », tout en sombre délicatesse. L'intensité dramatique a transporté l'assistance. A la question de savoir quel est notre morceau préféré en première écoute, nous répondons tous un morceau différent. C'est révélateur de la qualité d'écriture d'Angellore. « Nocturnes » est une oeuvre émouvante. En profondeur.
Nous levons nos verres de vin rouge.
Reviewed by Concerts expos by Pat
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mai 12, 2026
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