Chefs-d’œuvre de Budapest - Musée du Luxembourg - Paris - du 09/03 au 10/07/2016 - Compte-rendu de visite

LES SIRENES DE BUDAPEST
Le Musée du Luxembourg accueille les chefs-d’oeuvre des musées de Budapest.


Le Musée des Beaux-Arts de Budapest est fermé pour cause de travaux de profonde rénovation. Il se joint à la Galerie Nationale Hongroise pour présenter une partie de leurs collections au Musée du Luxembourg à Paris. Nous pouvons ainsi admirer quatre-vingt cinq peintures, dessins et sculptures des riches heures de l'art européen, depuis la sculpture médiévale jusqu’au symbolisme et à l’expressionnisme. La liste des artistes majeurs présentés est impressionnante. Quelques noms : El Greco, Dürer, Cranach, Manet, Monet, Gauguin,van Gogh, Rodin, Cézanne, Schiele.

Sirènes, Auguste Rodin (détail) - 1988

La profusion de chefs-d'oeuvre est organisée selon une double lecture chronologique et thématique. Nous partons du Moyen-Âge et nous traversons les différents courants littéraires jusqu'au début du XXe siècle. Chaque courant est expliqué de manière très claire avec des informations générales permettant de comprendre le lien entre Budapest et l'art européen. Les thèmes traités sont l’art religieux, l’école hollandaise, les scènes de genre et une éblouissante salle consacrée au portrait. J'y reviendrai.

La campagne d’acquisitions d'oeuvres par le musée de Budapest, au XIXe siècle, a été largement basée sur la collection personnelle des princes Esterházy. A partir du XVIIe siècle, cette famille a été l'une de plus importantes du royaume de Hongrie, puis de l'empire d'Autriche, puis de l'empire austo-hongrois. Pour parfaire la compréhension des choix artistiques de l'exposition, chaque oeuvre est complétée d'un texte très instructif. A cet égard l'exposition est un régal tant pour les yeux que pour l'esprit.
Comme Nicolas II Esterházy (1765-1833) était passionné par la Renaissance germanique et le siècle d’Or néerlandais, on observera dans cette exposition un grand nombre d'oeuvres de ces deux courants.

Je partage ci-après mes coups de coeur.

Des ivoires et des bois médiévaux ouvrent avec beauté l'exposition. Saints et souverains sont évoqués avec une rare délicatesse.

Auteur inconnu - Sainte Dorothée (détail) - 1410-1420

Auteur inconnu - Le Roi saint Ladislas de Hongrie (détail) - vers 1500

Mon gros coup de coeur ce sont les toiles d'El Greco. L'année de réalisation, 1576, laisse perplexe tant les toiles semblent modernes. Admirez l'admirable paysage derrière Marie-Madeleine pénitente.

El Greco, L'Annonciation - 1595-1600


El Greco, Marie-Madeleine pénitente (toile et détail) - vers 1576

Ce qui est fort agréable dans cette exposition c'est qu'on peut se rapprocher des oeuvres et admirer la pattes des artistes de tout prêt.
Je retrouve une de mes figures favorites, Judith, femme de l'Ancien Testament, qui s'introduit sous la tente de son ennemi Holopherme, le charme et l'enivre, avant de lui couper la tête.

Johann Liss, Judith dans la tente d'Holopherne - vers 1624-1625

Auteur inconnu, Ange au crâne et au serpent (détail) - 1737

Bartholomeus van Bassen
Le tombeau de Guillaume Le Taciturne dans une église imaginaire (détail) - 1620

Une salle présente des oeuvres de toute époque représentatives de l'art du portrait. Le texte de présentation résume très bien l'intention : "Bien souvent le souvenir que laisse la visite d'un grand musée se cristallise sur quelques visages, sur la rencontre de tel personnage que le génie d'un artiste a rempli de vie et de mystère". C'est extrêmement vrai et merveilleusement formulé. Je me souviens très bien de la forte impression que m'a faite la toile "Judith aux portes de Béthulie", un tableau peint en 1847 par Jules-Claude Ziegler, quand je l'ai vue au musée des beaux-arts de Lyon. Mon souvenir de ce musée se cristallise effectivement autour de ce portrait de Judith.
Mais revenons à la présente exposition (qui présente d'ailleurs un autre portrait de Judith). Dans la salle des portraits on peut admirer de bien belles oeuvres comme les bustes de grimaces en bronze de Messerschmidt.

Franz Xaver Messerschmidt, tête de caractère : L'Homme qui bâille - 1771-1781

Ma préférence va à "La Porteuse d'eau" de Francisco Goya. En 1808 les armées napoléoniennes déferlent sur l'Espagne. Cette porteuse d'eau ravitaille les hommes. La toile fonctionne en duo avec un portrait d'un rémouleur qui aiguise son couteau. A eux deux ils symbolisent le peuple qui se soulève.

Francisco de Goya, La porteuse d’eau, 1808-1812

Les dernières salles nous réservent encore de bien belles surprises dont une dizaine d’oeuvres emblématiques de l’art hongrois.

Paul Gauguin, Les Cochons noirs (détail) - 1891


Károly Ferenczy, La femme peintre (toile et détail) - 1903

Sirènes, Auguste Rodin - 1988

Une étourdissante occasion de voir réunies à Paris des pièces rarissimes.
Une exposition enchanteresse.




Chefs-d’œuvre de Budapest - Musée du Luxembourg - Paris - du 09/03 au 10/07/2016 - Compte-rendu de visite Chefs-d’œuvre de Budapest - Musée du Luxembourg - Paris - du 09/03 au 10/07/2016 - Compte-rendu de visite Reviewed by Concerts expos by Pat on juin 09, 2016 Rating: 5

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