[Expo] Kader Attia et Jean-Jacques Lebel - L’Un et l’Autre - Palais de Tokyo - Paris - du 16/02 au 13/05/2018

EXTERMINEZ TOUTES CES BRUTES

L’Un et l’Autre c'est quoi ? Un coup de poing dans la gueule ? Un laboratoire de recherche ? Allons-voir ça.


C’était très simple, et, à la fin de cet appel émouvant à tous les sentiments altruistes qu’il faisait flamboyer devant vous, lumineux et terrifiant, comme un éclair dans un ciel serein : « Exterminez toutes ces brutes ! »

Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres, 1899


L'Un et L'Autre c'est un parcours dans une collection d'objets rassemblés par Kader Attia et Jean-Jacques Lebel. 

 

 

Jean-Jacques Lebel collectionne les objets bricolés dans les tranchées par les poilus. Des douilles d'obus prennent la forme de chopes de bière à casque à pointe. Une baïonnette devient une serpe.


 

 


La réappropriation culturelle des objets de mort se retrouve en Afrique avec ce trône en morceaux de fusils AK-47, fabriqué par l'artiste Gonçalo Mabunda, qui évoque les traces de la guerre d'indépendance du Mozambique.



Gonçalo Mabunda - Throne of an African King, 2004

 

Quoi d'autre dans la collection de Kader Attia et Jean-Jacques Lebel ? Des sculptures, des masques, des objets d'artisanat, des bijoux fabriqués avec des pièces de monnaie. Les colonisés absorbent les objets du colonisateur. La violence des rapports humains est omniprésente dans les objets présentés.

 

  

Armure d'un chamane du Népal. Peaux et ossements d'animaux, cloches, breloques et métal - fin du XIXe siècle.
 

 

 

Beaucoup de colère et d'affliction dans ces objets. C'est un parcours qui nous malmène. Kader Attia et Jean-Jacques Lebel achèvent de brûler nos rétines et de grignoter nos neurones avec deux installations. La première, celle de Jean-Jacques Lebel, est consacrée à la culture de l'humiliation, du viol, de la torture dans la guerre impérialiste. Nous effectuons une visite virtuelle de la prison d'Abou Ghraib, dans une série de couloirs aux murs tapissés de gigantesques reproductions des photographies des prisonniers irakiens soumis aux supplices de leurs geôliers américains goguenards, fiers de leurs exploits. La volonté d'avilir l'Autre jusqu'à se déshumaniser.


Jean-Jacques Lebel - Poison soluble. Scènes de l'occupation américaine (Bagdad, 2013)


La seconde installation, par Kader Attia, est consacrée à la fabrication de l'image de l’Autre. L'Autre comme un être sauvage violent, belliqueux. Sur des étagères métalliques, des journaux du XIXe siècle et des magazines contemporains (le Petit Journal, le Journal des voyages, Time, Der Spiegel…) entretiennent la crainte de l'autre, l'être non civilisé, le démon, la peste noire, le Terroriste.
 

Kader Attia - The Culture of Fear : an Invention of Evil (2013)






Une exposition pleine de fureur, de douleur, de désespoir, de peur. Un cri d'avertissement qui propose des pistes de réflexion, brouillonnes et bouillonnantes. Reconnaître la violence des rapports humains. Se parler pour mieux se comprendre.
 
 

Nous précisons que nous avons visité cette exposition en mai 2018 et que nous rédigeons cette critique en avril 2021 alors que les musées sont fermés en raison de la crise sanitaire.
[Expo] Kader Attia et Jean-Jacques Lebel - L’Un et l’Autre - Palais de Tokyo - Paris - du 16/02 au 13/05/2018 [Expo] Kader Attia et Jean-Jacques Lebel - L’Un et l’Autre - Palais de Tokyo - Paris - du 16/02 au 13/05/2018 Reviewed by Concerts expos by Pat on avril 05, 2021 Rating: 5

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